Congolais de la diaspora vivant en France, Aimé Parsiècle est connu pour ses analyses pointues sur la situation de la République démocratique du Congo et pour ses réflexions visant à contribuer à sortir le pays du gouffre dans lequel il est tombé. Observateur attentif de la vie nationale, il porte un regard critique sur les divisions qui minent le Congo et plaide régulièrement pour des solutions susceptibles de favoriser la paix, la cohésion et le redressement national.
Dans cette contribution, il déplore que des voix comme la sienne n’aient pas toujours l’occasion de participer pleinement aux réflexions sur l’avenir du pays et défend l’idée d’un dialogue véritablement inclusif, où aucune composante de la Nation ne serait laissée de côté.
Pour lui, la RDC doit renouer avec une tradition profondément africaine : celle de l’arbre à palabres, lieu d’écoute, de confrontation des idées, de vérité et de recherche du consensus.
Ci-dessous, (Contributions enrichissantes d’Aimé Parsiècle au débat)
POUR UN DIALOGUE VÉRITABLEMENT INCLUSIF : REMETTRE LA RDC SOUS L’ARBRE À PALABRE
La paix sociale ne se décrète pas. Elle ne s’impose pas par les armes, ni par les tribunaux, ni par les exclusions. Elle se construit. Et en RDC, elle ne pourra se construire que d’une seule manière : en ramenant tout le monde sous l’arbre à palabre.
Notre pays est malade de ses divisions. Trop longtemps, nous avons cru que l’on pouvait redresser le Congo en laissant une partie des Congolais dehors.
Trop longtemps, nous avons pensé que la paix viendrait en muselant, en exilant, en condamnant, en effaçant. L’histoire nous a montré le contraire. Chaque exclusion a produit une nouvelle rébellion. Chaque silence imposé a préparé le prochain bruit des armes.
Aujourd’hui, l’urgence n’est plus de savoir qui a raison contre qui. L’urgence est de convenir ensemble de l’avenir.
Nul ne peut être exclu
Un dialogue inclusif ne peut pas être un dialogue à moitié. Si l’on veut le bon vivre ensemble, il doit être total, sincère, sans tabou et sans filtre.
Cela veut dire que tout le monde doit se retrouver autour de la table, à savoir :
- Les acteurs politiques internes, majorité comme opposition, au pouvoir comme dans la rue.
- La société civile, dans toute sa diversité, les églises, les mouvements citoyens, les femmes, les jeunes qui sont l’avenir et qui n’ont jamais été vraiment écoutés.
- La diaspora politique, cette intelligence congolaise dispersée à travers le monde qui aime le pays à distance et qui a tant à apporter pour son redressement.
- Les exilés politiques et les condamnés par contumace, car on ne construit pas une nation durable sur des procès prononcés en l’absence de ceux qu’on juge, et sans leur offrir la possibilité de se défendre et de participer.
- Les rebelles, ceux qui ont pris les armes pour avoir été frustrés ou par manipulation externe. Non pour légitimer la violence, mais parce qu’on ne fait pas la paix avec ses amis, on fait la paix avec ses adversaires. Les ignorer, c’est condamner le pays à la guerre perpétuelle.
Le Congo a besoin de tout le monde. De chaque bras, de chaque cerveau, de chaque cœur.
L’arbre à palabre, notre modèle
Nos ancêtres avaient compris ce que la politique moderne a oublié : sous l’arbre à palabre, il n’y a pas de petit et de grand. Chacun parle. Chacun est écouté. On ne coupe pas la parole, on cherche le consensus. On ne cherche pas un vainqueur, on cherche une voie commune.
C’est ce modèle que nous devons ressusciter à l’échelle nationale. Un dialogue où l’on discute, où l’on échange vraiment, où l’on se dit les vérités, même celles qui fâchent.
Sur la gouvernance, sur la Constitution, sur la sécurité à l’Est, sur le partage des richesses, sur la justice, sur la nationalité, sur tout ce qui nous divise depuis 1960.
Il ne s’agit pas d’impunité. Il s’agit de vérité, de justice et de réconciliation. Il ne s’agit pas d’effacer les fautes, mais de permettre à la Nation de se regarder en face pour mieux se pardonner et se projeter.
Le redressement de la RDC ne viendra pas d’un seul homme, d’un seul parti, d’une seule tribu ou d’une seule région. Il viendra de la rencontre de tous les Congolais. Le pays est trop grand, trop riche, trop blessé pour être confié à une partie seulement de ses enfants.
Remettons le Congo sous l’arbre à palabre. Sans exclusion. Sans condition préalable qui est en réalité une exclusion déguisée. Parlons-nous. Écoutons-nous. Convenons de l’avenir.
Car personne d’autre ne viendra redresser ce pays à notre place.
Le pays va mal
Aimé Parsiècle
Libre penseur
