Devant la Cour militaire siégeant à Ndolo, le Ministère public a requis, ce 7 mai 2026, deux ans de servitude pénale contre Philémon Mambabwa et trois ans dont vingt jours de travaux forcés contre les deux policiers Aaron et Tshende. Dans l’affaire dite des « Enfants Mushobekwa », qualifiée de torture et d’incitation de militaires à des actes contraires au devoir et à la discipline, l’accusation a voulu faire du verbe « maîtrisez-les » — prononcé par Philemon Mambabwa et consigné aux feuillets 39 et 48 — l’ordre qui aurait déchaîné les violences. Mais en admettant que les enfants « n’ont pas été inquiétés » en sortant de la salle de bain, que le rapport médical ne révèle « rien de grave ni particularité », et que Dieu « était avec tout le monde », le Ministère public a livré un réquisitoire qui, factuellement, affaiblit sa propre thèse.
Le rôle du Ministère public est de dire le droit en s’appuyant sur des preuves irréfutables. Or, plusieurs contradictions sont apparues. Il a évoqué sept ou huit policiers, mais seuls deux comparaissent. Il a ironisé sur les 3,4 millions de dollars de dommages et intérêts demandés par les parties civiles, soulignant lui-même l’impossibilité de payer. Surtout, un point de droit inexploité jusqu’ici fragilise l’édifice : la plainte initiale de Marie-Ange Mushobekwa date les faits au 21 décembre 2025, alors qu’il est établi devant la Cour que l’intrusion et la rétention des garçons ont eu lieu le 22 dec 2025, et que Philemon Mambabwa n’est rentré chez lui que le 22 dec 2025 à 4h30. Cette discordance de date n’est pas anodine en droit : si l’instruction a été ouverte sur la foi d’une plainte visant le 21 décembre, et que les faits sont juridiquement survenus le 22 dec 2025, c’est toute la base de la poursuite qui s’en trouve juridiquement contestable. La défense l’a relevé avec force.
En requérant une peine minimale avec circonstances atténuantes, le Ministère public reconnaît implicitement que les enfants ont « joué un rôle » et que le prévenu n’avait pas prémédité les faits. Ce faisant, il admet que la culpabilité n’est pas pleine et entière. Or, en droit pénal, la culpabilité doit être établie au-delà de tout doute raisonnable. Ce doute est d’autant plus épais que l’intégralité de l’accusation repose, non sur des faits avérés et irréfutables, mais sur les seules déclarations de Marie-Ange Mushobekwa. Celle-ci n’était pas témoin direct des violences alléguées, et la narration de la torture qu’elle a portée tout au long du procès et surtout devant la Cour relève davantage de sa propre imagination selon l’avocat de la défense que d’une réalité objectivement établie. Seul le verdict de la Cour comptera.
TEDDY MFITU
Polymathe, chercheur et écrivain / Consultant senior cabinet CICPAR
