De l’aide au partenariat, de la dépendance à la coresponsabilité : devant les décideurs européens, le Président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara Bamanyirwe, porte une nouvelle vision des relations entre Kinshasa et Bruxelles.



Le ton est donné à Bruxelles : la République démocratique du Congo veut tourner la page d’une relation essentiellement fondée sur l’aide pour ouvrir celle d’un partenariat stratégique, équilibré et mutuellement avantageux. C’est le plaidoyer porté par le Président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara Bamanyirwe, lors d’une table ronde organisée par le Multinational Development Policy Dialogue, avec le soutien de la Fondation Konrad Adenauer.
Face à ses interlocuteurs européens, le Président de la Chambre basse du Parlement congolais a défendu une conviction : la RDC ne doit plus être perçue comme un simple bénéficiaire de l’aide internationale, mais comme un partenaire stratégique disposant d’atouts essentiels pour l’avenir de l’Europe et du monde.
Pour Aimé Boji, la relation RDC–UE doit désormais reposer sur trois piliers : réciprocité, co-investissement et co-responsabilité.
La paix dans l’Est : un intérêt congolais, mais aussi européen
Dans son intervention, le Président de l’Assemblée nationale a placé la question sécuritaire au cœur de cette nouvelle approche.
Il ne peut y avoir de partenariat économique durable sans paix. Or, l’instabilité persistante dans l’Est de la RDC dépasse désormais le seul cadre national. Elle fragilise les corridors régionaux, perturbe les chaînes d’approvisionnement et touche directement l’accès aux ressources stratégiques dont les économies mondiales ont besoin.
Pour Aimé Boji, la stabilité de la RDC doit donc être considérée comme un intérêt stratégique partagé entre Kinshasa et ses partenaires européens.
Il a, dans ce contexte, appelé l’Union européenne à renforcer son soutien aux efforts de paix et aux initiatives diplomatiques conduites sous l’impulsion du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
La RDC : un partenaire stratégique, pas un bénéficiaire
Le Président de l’Assemblée nationale a également appelé à un changement de paradigme dans la perception européenne de la RDC.
Avec ses minerais critiques, son potentiel énergétique, ses terres arables, ses ressources en eau, son bassin du Congo et sa position géographique au cœur de l’Afrique, la RDC possède des atouts qui peuvent contribuer directement aux grands défis mondiaux.
Transition énergétique, sécurité alimentaire, lutte contre le changement climatique : la RDC n’est pas seulement concernée par ces enjeux, elle détient une partie des réponses.
Mais pour Aimé Boji, cette contribution ne peut se limiter à l’exportation des matières premières.
L’ambition doit être de construire des chaînes de valeur partagées, à travers la transformation locale, le transfert de technologies, l’industrialisation et la création massive d’emplois.
Les Parlements, nouveaux moteurs du partenariat
Autre levier mis en avant à Bruxelles : la diplomatie parlementaire.
Pour Aimé Boji, les Parlements congolais et européens ont un rôle déterminant à jouer pour approfondir le dialogue politique, améliorer les cadres législatifs, renforcer la transparence et offrir aux investisseurs un environnement juridique plus stable et prévisible.
Cette approche traduit une volonté de donner au rapprochement RDC–UE une dimension institutionnelle plus forte et plus durable.
« Un partenariat de choix »
La formule prononcée par Aimé Boji résume l’essentiel de son message : « Il faut passer d’un partenariat d’habitude à un partenariat de choix. »
Derrière cette formule se dessine une nouvelle doctrine : la RDC ne demande pas à l’Europe de financer son développement, elle lui propose de construire avec elle un modèle de croissance partagé.
Un partenariat fondé sur la confiance, le respect mutuel, l’investissement, la création de valeur et la convergence des intérêts.
À Bruxelles, Aimé Boji porte ainsi une ambition qui dépasse le simple cadre de la coopération : repositionner la RDC dans sa relation avec l’Europe comme un acteur stratégique, capable de proposer, de négocier et de co-construire.
De l’aide à l’investissement. De la dépendance à la coresponsabilité. Du partenariat d’habitude au partenariat de choix. Voilà la nouvelle équation RDC–UE défendue par le Président de l’Assemblée nationale.
Jeff Saile
